Ciné Ethique

Un groupe de travail de l’EREMIP poursuit la programmation de projections de films suivis de débats sur des questions d’éthique.

Des séances se déroulent à la faculté de Médecine pour les étudiants et dans diverses salles de cinéma (Le Cratère, L’American Cosmograph, L’autan…).

A l’occasion du Forum CitEthique, un débat a été organisé au cinéma Le Cratère par T. Marmet et P. Aufière à propos du film « Sayonara » de Koji Fukada.


SAYONARA OU LE ROBOT « AIDANT NATUREL » ET « BENEVOLE D’ACCOMPAGNEMENT »

Dans ce film à la lenteur et à l’esthétique extrêmement japonais, le contexte de l’histoire est linéaire et ne sert qu’à poser l’explication d’une solitude et de l’isolement géographique propice à la seule intervention d’un robot, à la fois maternel, infirmier, aidant et protecteur jusqu’au-delà de la fin.

Dans ce Japon où des catastrophes nucléaires ont ravagé le pays et obligent peu à peu à ce que tous les habitants le quittent, avec une priorité aux autochtones, lesquels, régulièrement, se rendent devant des listes de numéros à consulter pour être évacués…

Nous sommes confrontés à la vie d’une jeune femme venant d’Afrique du Sud, ayant vécu dans une maison, construite ou acheté par ses parents depuis son plus jeune âge,  personnage filmé jusqu’à sa mort, le plus souvent en plan continu, limité à une seule pièce voire à un seul meuble de la pièce, le divan, appuyé contre le mur, surplombé d’une fenêtre « cadre »

Elle y est maintenant seule, son compagnon japonais éphémère et amoureux qui lui rendait des visites de manière sporadique, ayant été autorisé à partir de l’île.

Les premières images ouvrent sur un fauteuil roulant électrique transportant une silhouette rigide, au visage impassible, et l’on comprend qu’il s’agit en fait d’un robot féminin aux traits et à l’apparence humanisée, lequel robot, face à l’usure du temps, est handicapé et ne peut plus marcher.

Mais ce robot continue dans son état à veiller sur l’héroïne, qui passe ses jours, puis ses nuits, sur ce divan dans un état d’épuisement allant en s’accentuant jusqu’à ce que sa maladie incurable finisse par l’endormir définitivement.

Auparavant elle va échanger, dialoguer, avec sa partenaire dont on apprend au fil des conversations qu’elle a été programmée à l’époque par son père pour veiller sur la fillette, dont le  syndrome gravissime était déjà diagnostiqué.

Devenus inséparables, la jeune femme partage des souvenirs avec cette machine entrainant la sensation qu’elle partage ces émotions ou en tout cas qu’elle en renvoie les apparences pour enfin laisser s’étendre et s’éteindre sa « patiente ».

Les paysages entourant la maison ne sont  plus parcourus au bout d’un moment que par le robot, l’épuisement de l’héroïne ne lui permettant même plus de pédaler comme elle le faisait au départ et garder ainsi un semblant de sociabilité avec une amie japonaise – qui va d’ailleurs elle-même se suicider par le feu lors de la dernière soirée apparemment festive à laquelle elles assisteront ensemble –  les paysages sont d’une neutralité campagnarde, qui, si l’on oublie les yeux obliques du robot, pourrait se situer dans n’importe quel lieu.

Et avec l’arrière-plan des jours et des nuits conjuguées illuminant la fenêtre, l’on voit se décomposer de manière quasiment momifiante le corps de la jeune femme, le robot demeurant assis immobile devant ce spectacle jusqu’à ce que, dans une dernière caresse sur l’ossature du crâne, elle vienne adoucir ainsi cette mort, avant de quitter les lieux et de rouler dans son fauteuil jusqu’à épuisement de l’énergie motrice et se traîner sur les coudes pour aller admirer le fantasme de sa protégée, la floraison pourpre de la bambouseraie proche, dernière option onirique qui resplendit son personnage et le spectateur…

Ainsi en parodiant Philip. K. DICK pourrait-on dire « Les androïdes rêvent-ils de fleurs électriques ? »

Sur ce thème on peut également conseiller les lectures suivantes :

 

 

 

 

 

 

 

 


Les questionnements Éthique de ce film pourraient être les suivants :

1) À quoi servent les robots compagnons ?
Les robots compagnons remplaceront- ils les aidants humains … ?

2) Les robots peuvent-ils par eux-mêmes adapter leur comportement  ?
Pourront-ils un jour se passer de toute programmation par l’homme et avoir des initiatives ?

3) Peut-on vraiment parler d’émotions chez les robots ?

 

Pierrette AUFIERE
Avocate honoraire au Barreau de Toulouse
Médiatrice familiale